Quand Ashem te dit : “Je te fais confiance”

Une méditation inspirée d’un cours du Rav YY Jacobson sur Parachat Chela’h, les explorateurs, la confiance d’Ashem en l’homme et la mission unique de chaque juif

La question qui bouleverse tout

Mes amis, il y a des moments dans la vie où une parole entendue ne reste pas seulement dans la mémoire. Elle descend plus profond. Elle grave l’âme. Elle devient une manière de penser, une manière de regarder la Torah, une manière de se regarder soi-même. C’est ainsi que fut raconté ce souvenir : un jeune garçon de seize ans, presque dix-sept, se trouve un Chabbat Parachat Chela’h, 28 Sivan 5749, en 1989, au 770 Eastern Parkway, dans la grande synagogue de Loubavitch. Le Rabbi de Loubavitch entre pour le farbrenguen, cette rencontre hassidique où la Torah n’est pas seulement étudiée, mais vécue, chantée, pleurée, transformée en feu intérieur.

Le Rabbi commence par une question simple. Si simple qu’elle devient vertigineuse. La Torah dit : “שְׁלַח לְךָ אֲנָשִׁים”Chela’h lekha anachim — « Envoie pour toi des hommes. » Rachi, le grand commentateur de la Torah et du Talmud, fondé sur la Guémara dans Sota, explique : “לדעתך, אני איני מצווה לך” — « Selon ton avis ; Moi, Je ne te l’ordonne pas. Si tu veux, envoie-les. » Autrement dit, Ashem ne donne pas ici un ordre clair à Moché. Il lui dit : cette décision t’appartient.

Mais posons-nous la question. Depuis le buisson ardent jusqu’à ce moment, Moché Rabbénou ne fait rien de lui-même dans la conduite d’Israël. Il reçoit une mission, il exécute. Il parle quand Ashem lui dit de parler. Il frappe quand Ashem lui dit de frapper. Il attend quand il faut attendre. Même quand une question apparaît — comme celle de Pessa’h Chéni, lorsque des hommes impurs demandent comment offrir le korban Pessa’h — Moché ne décide pas seul. Il dit : “עִמְדוּ וְאֶשְׁמְעָה מַה יְצַוֶּה ה׳ לָכֶם”Imdou veechme’a ma yetsavé Ashem lakhem — « Tenez-vous là, et j’écouterai ce qu’Ashem ordonnera pour vous. »

Et soudain, pour la première fois, Ashem semble dire : Moché, Je ne te donne pas de réponse. Décide toi-même. Comment Moché n’a-t-il pas tremblé ? Comment n’a-t-il pas compris que quelque chose de dangereux se préparait ? Si un maître, un père, un Rav, qui t’a toujours guidé avec précision, te dit tout à coup : “Je ne te dis pas quoi faire, fais comme tu veux”, ne sentirais-tu pas une alarme intérieure ? Et ici, il ne s’agit pas d’un maître humain. Il s’agit d’Ashem Lui-même.

Le moment où Ashem cesse de commander pour commencer à faire confiance

La réponse est profonde et bouleversante. Moché n’a pas entendu dans “שלח לך” un retrait d’Ashem. Il n’a pas entendu : “Je ne veux pas m’en occuper.” Il a entendu exactement l’inverse. Il a entendu : “Moché, Je te fais confiance.” Jusqu’ici, la relation entre Ashem et Israël était principalement une relation de commandement : Ashem ordonne, Israël obéit. C’est grand, c’est saint, c’est la base de toute avodat Ashem (service d’Ashem). Mais il existe une dimension encore plus profonde : non pas seulement faire ce qu’Ashem veut, mais devenir un être dont le désir intérieur s’aligne avec la volonté d’Ashem.

Les Pirkei Avot disent : “בַּטֵּל רְצוֹנְךָ מִפְּנֵי רְצוֹנוֹ”Batel retsonkha mipné retsono — « Annule ta volonté devant Sa volonté. » C’est le premier niveau : je veux peut-être autre chose, mais je m’incline. Je reconnais qu’Ashem voit plus loin que moi. Mais la Michna ajoute aussi : “עֲשֵׂה רְצוֹנוֹ כִּרְצוֹנְךָ”Assé retsono kirtsonkha — « Fais Sa volonté comme ta propre volonté. » Là, ce n’est plus seulement l’obéissance. C’est l’identification. Mon cœur lui-même commence à vouloir ce qu’Ashem veut.

Voilà ce que Moché a entendu. Il a senti qu’Ashem ouvrait une nouvelle étape dans l’histoire spirituelle d’Israël. Jusqu’ici : “Je te dis, tu fais.” Maintenant : “Je veux entendre ta daat, ton discernement. Je veux que ton intelligence, ton cœur, ta néchama, deviennent des réceptacles de Ma volonté.” Non pas parce qu’Ashem abandonne l’homme, mais parce qu’Il croit en lui. Il croit qu’au fond du juif, sous les blessures, les peurs, les confusions, les couches de poussière, il existe une lumière vraie.

Rabbi Tsadok HaKohen de Lublin, grand maître hassidique du XIXe siècle, écrit une phrase qui éclaire tout : de même qu’un homme doit croire en Ashem, il doit aussi croire en lui-même. Pas croire en son ego. Pas croire en ses caprices. Croire que son âme vient d’Ashem. Croire qu’il porte une mission. Croire que sa vie n’est pas une erreur, que ses dons ne sont pas accidentels, que ses combats eux-mêmes peuvent devenir matière de mission.

De “Baali” à “Ichi” : ne plus servir seulement par soumission, mais par alliance

Le prophète Hochéa dit : “וְהָיָה בַיּוֹם הַהוּא נְאֻם ה׳ תִּקְרְאִי אִישִׁי וְלֹא תִקְרְאִי לִי עוֹד בַּעְלִי”Véhaya bayom hahou neoum Ashem, tikre’i ichi, velo tikre’i li od baali — « En ce jour-là, dit Ashem, tu M’appelleras Mon époux, et tu ne M’appelleras plus Mon maître. » “Baali” signifie aussi le maître, le propriétaire. C’est une relation réelle, mais encore marquée par la distance. “Ichi”, c’est l’alliance intérieure. Ce n’est plus seulement l’autorité. C’est la proximité, la confiance, l’intimité.

Dans un couple, il y a un premier niveau : l’un demande, l’autre fait. C’est déjà précieux. Mais il existe une profondeur bien plus grande : deux êtres se comprennent, se sentent, se devinent, deviennent amis de l’intérieur. Ils ne sont pas seulement liés par des demandes pratiques — acheter du pain, chercher les enfants, faire une course. Ils sont liés par une vision commune, par une confiance, par une intimité de l’âme. C’est cela que le prophète annonce entre Ashem et Israël.

La ‘Hassidout explique que le but ultime de la création est que l’homme ne serve pas Ashem comme un être extérieur à Lui, mais que son monde intérieur devienne une demeure pour Ashem. Le Midrash Tan’houma, le Midrash Chir HaChirim et le Tanya, œuvre fondamentale de Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi, expliquent cette idée sous la formule : “דִּירָה בְּתַחְתּוֹנִים”dira beta’htonim — une demeure pour Ashem dans les mondes inférieurs. Cela veut dire : pas seulement dans les cieux, pas seulement dans les moments de prière, pas seulement dans l’extase spirituelle, mais dans mon corps, mon argent, mon travail, ma maison, ma fatigue, mes choix, ma personnalité.

Et c’est précisément pour cela qu’Ashem dit à Moché : “לדעתך” — selon ton discernement. Car l’entrée en Erets Israël exige cette nouvelle étape. Dans le désert, tout est miraculeux : la manne tombe, le puits de Myriam accompagne le peuple, les nuées de gloire protègent. Mais en Erets Israël, il faudra labourer, semer, récolter, combattre, construire. Là-bas, il faudra trouver Ashem dans la terre, dans le naturel, dans l’effort humain. Alors l’entrée elle-même doit commencer par une parole nouvelle : “Je te fais confiance. Utilise ton intelligence. Utilise ton cœur. Trouve le chemin.”

L’erreur des explorateurs : confondre autonomie et séparation

Mais ici commence le danger. L’autonomie spirituelle est magnifique lorsqu’elle reste reliée à sa source. Un poisson peut être libre dans l’eau ; s’il sort de l’eau pour devenir “indépendant”, il ne devient pas libre, il meurt. Une branche peut se développer tant qu’elle reste attachée à l’arbre ; si elle se détache, elle ne devient pas autonome, elle se dessèche. De même, l’homme peut et doit développer sa personnalité, ses talents, son style, sa mission unique. Mais s’il coupe son autonomie de la volonté d’Ashem, il ne découvre pas son moi profond ; il fabrique une illusion de lui-même.

Voilà l’erreur des explorateurs. Leur mission n’était pas de décider si Israël devait entrer en Erets Israël. Cela, Ashem l’avait déjà promis. Leur mission était de découvrir comment entrer. Quelle route prendre ? Quelle stratégie adopter ? Quelle est la nature du pays ? Où sont les forces ? Où sont les faiblesses ? Mais ils ont changé le mandat. Ils sont revenus en disant : “Nous ne pouvons pas monter.” Ils ont transformé une mission de stratégie en référendum sur la promesse divine.

L’image est simple. Si un président envoie un général observer le front pendant une guerre, il ne lui demande pas : “Dis-moi si l’ennemi peut être vaincu.” Il lui demande : “Dis-moi comment le vaincre.” Si le général revient en disant : “Il faut abandonner toute la guerre”, il a trahi sa mission. Les explorateurs ont fait cela. Moché leur avait confié le “comment”. Ils se sont emparés du “si”. Et là, le לדעתך — le discernement personnel — est devenu une rupture.

C’est une leçon immense pour nous. Chaque juif doit se demander : quelle est ma mission ? Quels sont mes talents ? Quelle partie du monde m’a été confiée ? Quelle “Erets Israël” dois-je conquérir dans ma vie — mon caractère, mon foyer, mon travail, mon rapport à l’argent, mon rapport au corps, ma colère, ma peur, mon besoin de reconnaissance ? Mais il y a une question qui n’est pas ouverte : ai-je une mission ? Oui. Suis-je capable de servir Ashem ? Oui. Mon âme a-t-elle été envoyée ici pour rien ? Non. Le “comment” t’appartient. Le “si” appartient déjà à Ashem.

Pourquoi Yéhochoua envoie-t-il encore des explorateurs ?

Une question étonnante se pose alors. Après quarante ans, Yéhochoua s’apprête à faire entrer Israël en Erets Israël. Il a vu la catastrophe des explorateurs. Il a vécu quarante ans de désert à cause de cette faute. Pourquoi envoie-t-il à son tour deux explorateurs à Yeri’ho ? N’a-t-il pas appris la leçon ? Justement, répond l’idée du Rabbi : Yéhochoua a parfaitement appris la leçon. Il a compris que le problème n’était pas l’acte d’envoyer des explorateurs. Le problème était de détacher l’exploration de la mission divine.

Yéhochoua ne supprime pas le לדעתך parce que certains l’ont mal utilisé. Ashem ne retire pas le libre arbitre parce que l’homme peut fauter. La confiance divine ne disparaît pas à cause de l’échec humain. Elle demande simplement plus de maturité, plus d’humilité, plus d’attachement à la source. C’est une idée essentielle pour l’éducation, pour le couple, pour la vie intérieure. Lorsqu’une personne utilise mal sa liberté, la réponse n’est pas toujours de lui retirer toute liberté. Il faut parfois l’aider à retrouver le lien entre liberté et vérité.

Il y a des parents qui ont peur de faire confiance à leurs enfants, parce que la confiance comporte un risque. Il y a des enseignants qui préfèrent contrôler plutôt que former. Il y a des individus qui n’osent jamais décider, parce qu’ils pensent que la spiritualité consiste à ne jamais avoir de personnalité. Mais la Torah nous dit ici quelque chose de plus profond : le but n’est pas d’effacer l’homme. Le but est de révéler l’homme vrai, celui dont la volonté profonde peut devenir un canal pour la volonté d’Ashem.

Cela demande beaucoup de délicatesse. Car il existe aussi une fausse autonomie, celle qui dit : “Je fais ce que je veux”, alors qu’en vérité elle suit des peurs, des blessures, des pulsions, des modes, des pressions sociales. Ce n’est pas encore “ma volonté”. C’est souvent l’esclavage déguisé en liberté. La vraie liberté commence quand je creuse assez profondément pour découvrir que mon moi le plus authentique veut le bien, veut la vérité, veut Ashem.

La Tsitsit : la mitsva volontaire qui rappelle toutes les mitsvot

La fin de Parachat Chela’h parle de la Tsitsit : “וּרְאִיתֶם אֹתוֹ וּזְכַרְתֶּם אֶת כָּל מִצְוֹת ה׳”Our’item oto ouzekhartem et kol mitsvot Ashem — « Vous le verrez et vous vous souviendrez de toutes les mitsvot d’Ashem. » C’est étonnant. La Tsitsit est la mitsva qui rappelle toutes les mitsvot. Et pourtant, d’un point de vue halakhique, personne n’est obligé d’acheter un vêtement à quatre coins pour se rendre obligé de porter des Tsitsit. Le Rambam, Maïmonide, grand codificateur de la loi juive, écrit dans les lois de Tsitsit qu’un homme n’est pas obligé d’acquérir un talit pour accomplir cette mitsva, même s’il convient à une personne pieuse de chercher à s’y engager.

Pourquoi la mitsva qui rappelle toutes les mitsvot dépend-elle précisément d’une démarche volontaire ? Parce que c’est tout le message de Parachat Chela’h. Le début dit : “שלח לך — לדעתך” ; la fin dit : Tsitsit aussi dépend d’un choix. Ashem veut que le souvenir de la Torah ne reste pas seulement extérieur. Si l’on me répète sans cesse : “Souviens-toi, souviens-toi, souviens-toi”, je peux finir par entendre sans intégrer. Mais quand je choisis moi-même de porter un vêtement qui m’engage au souvenir, alors le souvenir devient mien.

C’est là que la Torah veut nous conduire. Non pas seulement à une vie où l’on accomplit mécaniquement, mais à une vie où la mitsva devient une partie de notre identité. Où Chabbat n’est pas seulement une liste d’interdits, mais le souffle de la maison. Où la prière n’est pas seulement un devoir, mais une rencontre. Où la pudeur, l’honnêteté, la cacherout, l’étude, la bonté ne sont pas seulement des commandements posés sur moi, mais la forme que prend mon âme lorsqu’elle respire correctement.

Une histoire hassidique illustre cela. Un homme pauvre, appelé parfois “Dolfe”, ancien élève du Maguid de Mézéritch — le grand successeur du Baal Chem Tov — arrive un jour chez Rabbi Baroukh Mordekhaï de Brisk, grand érudit lié au monde du Gaon de Vilna puis à la ‘Hassidout. Le Rav soupçonne que cet homme cache peut-être des écrits de ‘Hassidout du Maguid. Il fouille son sac. L’homme s’en aperçoit et lui dit : “Chez vous, il y avait trois choses : le Rabbi, le ‘hassid et la ‘Hassidout. Il fallait écrire pour se souvenir. Chez nous, le Rabbi, le ‘hassid et la ‘Hassidout étaient une seule chose. On n’a pas besoin d’écrire où l’on se trouve soi-même.” Le vrai souvenir n’est pas seulement dans le papier. Il est dans l’être.

Le Rambam : accepter comme décret, puis chercher le goût intérieur

Le Rambam écrit à la fin des lois de Temoura une phrase très équilibrée : même si toutes les lois de la Torah sont des décrets, il convient de les méditer, et chaque fois que tu peux leur donner une raison, donne-leur une raison. C’est exactement l’équilibre entre les deux niveaux. D’abord : Batel retsonkha mipné retsono — je m’annule devant la volonté d’Ashem, même lorsque je ne comprends pas. Ensuite : Assé retsono kirtsonkha — je cherche à comprendre, à intégrer, à faire descendre cette volonté dans mon esprit, mon cœur, ma vie.

La Torah ne nous demande pas de rester des enfants spirituels qui ne font que recevoir des ordres. Mais elle ne nous autorise pas non plus à devenir des adultes coupés de leur Père. Elle veut former des êtres mûrs : capables d’obéir, capables de penser, capables de choisir, capables de s’effacer, capables de se révéler. C’est là toute la grandeur d’un juif : il est à la fois serviteur et enfant, soldat et partenaire, humble devant Ashem et responsable de sa part du monde.

Dans la vie quotidienne, cette idée change tout. Lorsque je dois prendre une décision dans mon travail, dans mon couple, dans l’éducation de mes enfants, dans mon rapport à l’argent, je ne peux pas dire : “Tout est écrit, je n’ai rien à penser.” Je dois utiliser mes forces. Mais je ne peux pas dire non plus : “Je suis libre, donc tout ce que je veux est vrai.” Je dois demander : ce désir me rapproche-t-il de mon âme ou m’en éloigne-t-il ? Me rend-il plus honnête, plus vivant, plus proche d’Ashem ? Ou bien me coupe-t-il de ma source ?

Notre génération : la liberté comme préparation à la Guéoula

Il y a une dimension historique à tout cela. Pendant de longues périodes d’exil, beaucoup de juifs restaient juifs parce que le monde les y obligeait. Le ghetto était parfois physique, parfois social, parfois psychologique. On ne demandait pas toujours au juif ce qu’il voulait être : on lui rappelait de l’extérieur qu’il était juif. Mais notre génération est différente. Dans les démocraties modernes, dans le monde libre, et même en Erets Israël d’une certaine manière, un juif peut extérieurement s’éloigner, s’assimiler, choisir une autre vie. C’est une époque redoutable.

Mais le Rabbi voyait aussi l’autre côté : c’est précisément cette époque qui permet la révélation la plus profonde. Lorsqu’un juif choisit la Torah sans contrainte extérieure, lorsqu’il revient à Ashem non parce qu’on l’a enfermé, mais parce que son âme le réclame, alors apparaît une relation d’un niveau nouveau. Ce n’est plus seulement “Baali”, mon Maître. C’est “Ichi”, mon alliance intérieure. C’est une préparation à la Guéoula (rédemption), où la vérité d’Ashem ne sera pas imposée de l’extérieur, mais reconnue de l’intérieur.

Cela ne veut pas dire que la liberté moderne est simple. Elle a produit beaucoup de pertes, beaucoup de confusion, beaucoup d’éloignement. Mais à l’intérieur même de cette obscurité se cache une opportunité immense : faire émerger une Torah choisie, aimée, intégrée, portée par la personne elle-même. Une Torah où chaque juif découvre que son âme ne cherche pas seulement des réponses faciles, mais une vérité. Que son cœur ne veut pas seulement du confort, mais du sens. Que son être profond ne veut pas fuir Ashem, mais Le retrouver.

Et c’est le message de “שלח לך”. Ashem dit à chaque juif : Je ne t’ai pas créé pour être une copie. Je t’ai créé avec une voix, une histoire, des blessures, des dons, des épreuves, une sensibilité, une part du monde que personne d’autre ne peut réparer à ta place. Tu es envoyé comme un explorateur dans ta propre terre. Ne demande pas si tu as une mission. Demande comment tu vas l’accomplir.

Le souvenir personnel : une Torah qui devient vie

Le cours racontait aussi ce souvenir personnel : ce farbrenguen avait lieu la veille du 29 Sivan, jour anniversaire du narrateur, mais aussi à proximité du 28 Sivan, date où le Rabbi de Loubavitch et la Rabbanit ‘Haya Mouchka furent sauvés d’Europe occupée et arrivèrent aux États-Unis en 1941. Le Rabbi reliait cette date à la mission de transformer le “bas hémisphère”, l’Amérique, un lieu perçu autrefois comme spirituellement éloigné, en terre de Torah, de ‘Hassidout, de yirat Chamayim (conscience d’Ashem). Là encore : dira beta’htonim. Faire d’un lieu inférieur une demeure pour Ashem.

Il y avait aussi une scène touchante : le père du narrateur, malade, avec de grandes difficultés de santé, était présent au farbrenguen. À un moment, le Rabbi lui demanda de monter près de sa table. C’était difficile pour lui physiquement, mais on l’aida. Le Rabbi se leva de toute sa stature pour l’accueillir et lui remit une bouteille pour organiser un farbrenguen. Ce n’était pas seulement un geste. C’était une image vivante du cours lui-même : élever un homme, lui faire confiance, lui remettre une mission, même dans la fragilité, même dans la douleur.

Car parfois nous croyons qu’Ashem nous fera confiance seulement quand nous serons parfaits. La Torah dit autre chose. Il nous fait confiance pour devenir. Il nous donne une mission non parce que nous sommes sans faille, mais parce que notre âme possède une profondeur que même nos faiblesses ne peuvent annuler. La question n’est pas : suis-je déjà pur, déjà fort, déjà clair ? La question est : vais-je utiliser ce que je suis pour avancer vers la vérité ?

C’est cela croire en soi selon la Torah. Non pas s’adorer soi-même. Non pas transformer ses désirs en idoles. Mais croire que sous les couches de peur et de confusion, il y a en moi une étincelle d’Ashem. Croire que mon intelligence peut devenir un keli (réceptacle), que mon cœur peut devenir un sanctuaire, que mes choix peuvent devenir une demeure pour Sa présence.

Conclusion : Ashem croit en ton âme

Mes amis, Parachat Chela’h n’est pas seulement l’histoire d’un échec national. C’est l’histoire d’un cadeau dangereux et sublime : la confiance. Ashem dit à Moché : “לדעתך” — “selon ton discernement.” Et à travers Moché, Il le dit à chacun de nous. Je ne veux pas seulement que tu obéisses. Je veux que tu grandisses. Je veux que tu découvres que ton âme, dans sa vérité la plus profonde, veut Ma volonté. Je veux que tu deviennes partenaire dans la création.

Mais cette confiance demande une vigilance : ne transforme jamais ton autonomie en séparation. Ne change pas la question “comment accomplir ma mission ?” en “ai-je vraiment une mission ?” Tu es né pour servir Ashem. Tu es né pour éclairer une partie du monde. Tu es né pour transformer ta terre en Erets Israël intérieure. Le chemin précis, lui, demande ton courage, ta réflexion, ta prière, ton effort, ton daat.

“כְּשֵׁם שֶׁצָּרִיךְ אָדָם לְהַאֲמִין בַּה׳ יִתְבָּרַךְ, כָּךְ צָרִיךְ לְהַאֲמִין בְּעַצְמוֹ”Kechem chétsarikh adam lehaamin baAshem Yitbarakh, kakh tsarikh lehaamin beatsmo — « De même qu’un homme doit croire en Ashem, il doit croire en lui-même. » Croire en soi, cela veut dire : croire que l’âme qu’Ashem a placée en moi est vraie, profonde, capable, envoyée, attendue.

Trois pistes pratiques

  1. Avant une décision importante, demande-toi : est-ce que je cherche à fuir ma mission ou à trouver le meilleur chemin pour l’accomplir ? Cette question sépare l’autonomie sainte de l’autonomie coupée de sa source.
  2. Choisis une mitsva à intérioriser, pas seulement à accomplir. Étudie son sens, médite-la, relie-la à ta vie, jusqu’à ce qu’elle devienne un peu plus “à toi”, comme la Tsitsit qui rappelle toutes les mitsvot par un choix personnel.
  3. Chaque soir, note une force unique qu’Ashem t’a donnée et demande : comment cette force peut-elle servir quelque chose de plus grand que moi ? Peu à peu, la confiance en soi cesse d’être de l’ego et devient une responsabilité sacrée.

Ce texte est dédié leïlouy nichmat הילד נתן יוסף בן יהודית — pour l’élévation de l’âme de l’enfant Nathan Yossef ben Yehoudith, dont les deux ans de disparition seront marqués le 25 Sivan, mardi soir.

Read more